Le Mot de Morgane


Le soleil me brûle la chair, la chair se consume, le soleil me brûle les entrailles. Douleur atroce, corps écartelé offert à la vue, mes cheveux sont en feu, une odeur de brûlé se dégage de ma peau à des kilomètres à la ronde, est-ce que personne ne la sent? A mon égard, rien que de l’indifférence. Pourtant souvent on me regarde, parfois on me trouve même beau. Alors je crois qu’on va me voir, m’aider. Puis on repart comme on est venu. Je suis un spectacle de douleur par procuration, un symbole. Maintenir la souffrance à distance, la regarder à la dérobée, puis fuir et oublier. Là-bas, loin derrière moi, mon palais bien haut sur le mont veille sur la ville. Pourquoi on ne m’a pas laissé y couler des jours heureux bien abrité, je ne le saurai jamais. Depuis combien de temps je rôtis ici-bas, je ne le sais pas non plus.

Souvent, on vient me parler, jamais pour me proposer de l’aide mais pour m’en demander. Ironie. Avant ça me mettait en colère, mais puisque je suis coincé là je me suis résigné et j’ai commencé à prendre plaisir à écouter ces confessions, à apprécier la confiance. Je ne réponds pas, on n’attend pas de moi des réponses, seulement une âme attentive. Et puis on a posé des chaises à mes pieds pour venir discuter. Je crois qu’on se sent bien en ma présence. On vient se raconter, s’engueuler, draguer sous mon nez. Aucune pudeur. Cinéma à ciel ouvert. De l’ordinaire, de la comédie, du romantique, du drame et de l’action… Depuis je ne m’ennuie plus.

Quand tout le monde s’en va le soir, je reste seul avec toutes ces histoires entamées et inachevées, condamné à attendre la suite ou ne jamais l’entendre. Alors je l’invente. Je crée à mes conteurs du dimanche des vies d’aventures qui viennent combler le vide de la mienne. Parfois ils reviennent les poursuivre et je me rends compte que leurs réalités dépassent mes fictions les plus folles. Parfois ils ne reviennent pas et l’histoire devient mienne pour toujours. J’aurais tant d’histoires à raconter si quelqu’un voulait bien m’écouter. Les histoires des quartiers Nord. Et parfois au matin, quand la lumière et la brise sont douces, je me dis que je ne changerais ma place pour rien au monde. Là-haut dans mon palais abrité sous ce toit doré, je n’entendrais qu’un brouhaha lointain de paroles indistinctes. Ici, je suis au centre du monde.

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